17 mai 2008
Goth
De nombreuses études ont été réalisées sur notre mouvement. Ces études,
plus ou moins sérieuses, renforcent ou tentent d'atténuer une image
relativement négative de notre "culture". Mais pratiquement aucune ne
s'intéresse aux fondamentaux de cet esprit. En effet, au-delà des codes
propres à toute communauté, il existe un lien ténu, presque invisible
qui relie les différentes tendances qui se reconnaissent dans l'esprit
gothique. Ce lien est une quête, la quête d'un absolu, celui d'une
certaine esthétique.
Il n'est en effet pas nécessaire de parader tout de noir vêtu, ou
d'arpenter les cimetières pour être qualifié de gothique.
Pour commencer, il faut briser un tabou : oui, notre mouvement
est élitiste. Elitiste ne signifiant pas que seule une élite à le droit
de se prétendre membre de cette communauté, mais qu'à force de travail,
d'étude et de réflexion sur certaines valeurs, on parvient à percevoir
la réalité de ce mouvement. Mais cette communauté n'a pas de règle, pas
de leader, pas de bible. Elle n'est donc pas une SECTE ou une RELIGION.
Elle est seulement un idéal.
C'est une quête esthétique qui peut prendre plusieurs formes, selon la sensibilité de chacun. Certains d'entre nous serons plus sensibles à la musique, d'autres à la littérature, d'autres encore à l'image et les derniers d'entre nous pourrons s'interesser à tout cela à la fois. Peu importe : ce qui compte vraiment c'est que la démarche est la même : une recherche de ce qui est Beau...
C'est ce ciment qui relie des personnes aussi différentes qu'un fan de darkwave qui trouvera dans les mélopées électroniques essence à méditer, ou que ce néo-romantique qui s'évadera en lisant les poèmes d'Hölderlin. Par ce regard, il n'y a donc plus d'incohérence. En effet, et tel est le paradoxe de notre mouvement, qui base une bonne partie de ses codes sur le visible et l'apparence, le seul et véritable lien qui unit ses participants est invisible.
Mais alors, pourquoi cette noirceur omnipésente ? Il est probable qu'il faille chercher un embryon de réponse dans une sorte de réalisme sombre. En effet, nous sommes des êtres sociaux vivant en société et toute société a toujours une facette dégradée, noire et abjecte que les medias refusent quasi-systématiquement de montrer. Nous allons sublimer cette noirceur pour en tirer quelque chose de Beau. Ainsi le noir, absence de couleur usuelle du deuil et de la tristesse dans nos sociétés occidentales est mis en avant comme pour montrer au monde que cette société n'est pas faite que de bonheur. Les sons lourds et lancinants des musiques que nous aimons écouter nous rappellent ces mélopées funèbres de jadis ou ces bruits industriels, que l'on tente de cacher habituellement. Et nos maquillages singeant la mort sont comme un avertissement à ce monde abreuvé d'images de bonheur artificiel : nous sommes mortels et un jour nous quitterons ce monde.
Notre mouvement, ou son ancêtre, le mouvement romantique des années 1850 est donc une réaction réaliste à cet artifice nommé société de consommation. Mais, contrairement aux punks ou autres mouvements qui eux aussi rejetaient ce monde factice, nous le faisons avec délicatesse et élégance comme pour sublimer cette déchéance...
En un mot, nous sommes des alchimistes tentant d'extraire du Beau de cette boue qui représente notre société. Chacun à notre manière, nous contribuons à faire de ce monde quelque chose de Beau ...
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